Parcours

Au début était l'envie

A vingt ans, j’ai fait des études de lettres. Je voulais être poète. Le grand, c’était Baudelaire, alors j’écrivais comme lui et si parfois, je trouvais que c’était plutôt pas mal, j’étais quand même assez loin de sa force d’expression et de son style. On pouvait louer l’effort mais la qualité n’y était pas. Je ne pensais pas gagner ma vie avec ça, je trouvais que c’était une belle occupation comme de me promener dans les chanps, tremper mes pieds dans la rivière ou même jouer au foot. Ce qui m’attirait tout particulièrement, c’était que l’on pouvait écrire des images, des sensations et même frôler des choses érotiques, ce qui me travaillait beaucoup à cette époque. J’en faisais lire quelques-uns aux filles, ça leur plaisait bien, donc ça marchait et je marquais des points.

Je dessinais aussi, beaucoup de portraits d’après photos, ça me paraissait assez facile et ça me procurait du plaisir et de la détente.

Et puis faire

J’ai commencé à peindre avec monsieur Vallejo, mon instituteur à l’école communale de Dizy. Nous étions en CM1, c’était en décembre, la ferme des Depreux était en feu. Les vaches meuglaient dans l’étable, personne n’osait s’approcher. Les poutres commençaient à tomber et les ardoises explosaient laissant filer des fines lames de couteaux qui retombaient jusqu’à nous. D’un coup, l’énorme porte de la grange s’est effondrée par la poussée des vaches. Elles formaient un paquet, leurs mugissements et le bruit de leurs sabots sur le sol gelé étaient assourdissants. Je n’avais jamais vu un tel spectacle d’une aussi belle violence. L’une d’entre elles portaient sur le dos un morceau de bois de braise et de flamme. Comme si une drille s’était enfoncée dans sa chair. La fumée âcre de la viande cramoisie et des poils brulés nous piquait les yeux. Un pompier l’aspergea. Elle s’est écroulée plus loin sur la place du village tout près du monument aux morts. Son souffle était court mais puissant, de la bave coulait de ses narines. Elle était sauvée.

Le thème de la peinture du lendemain était tout trouvé. Le feu. Les couleurs allaient de soi. J’ai peint la vache en feu. J’ai essayé de peindre la douleur, la brûlure. J’ai pris du jaune, du rouge, du bleu, du noir, et j’ai peint sans savoir. On peignait tous les mardis après- midi, il n’y avait aucun jugement de la part de monsieur Vallejo, l’important était de peindre et il nous encourageait. Et chaque fois, j’éprouvais de la joie.

Début juin, mes parents ont déménagé. J’ai dû quitter monsieur Vallejo et je ne l’ai plus jamais revu.


J’ai cessé de peindre après l’avoir quitté. J’ai repris la peinture 15 ans plus tard, j’ai commencé par le rouge et le jaune puis le noir. La peinture ne m’avait pas quitté. Je savais qu’à ce moment-là, je ne serai jamais vraiment dans la réalité ni même dans la vérité. Je serai dans un autre monde, celui des recommencements


Les recommencements

L’envie de recommencer à peindre s’est accentué en visitant les galeries à Paris. Les quartiers d’Odéon, du Marais et de Matignon. Il m’arrivait de visiter dix galeries de suite en un après- midi. Vinrent ensuite les musées, Le Louvre était gratuit le dimanche, j’avais repéré un passage pour entrer sans payer au musée d’Orsay qui venait d’ouvrir. Et puis le centre Pompidou où j’allais toutes les semaines simplement pour m’y promener ou feuilleter au hasard des livres d’art à la bibliothèque.

Tout était bon à prendre et à voir. Je ne faisais pas de distinction ni de hiérarchie. Je me faisais des chocs autant que des shoots. Chaque peintre m’invitait à recommencer parce qu’à chaque fois, j’apprenais, j’avançais dans ce langage que monsieur Vallejo m’avait offert, le langage de la couleur, quelque chose en plus que des mots, quelque chose qui vient aider le mot. J’allais souvent à l’école des beaux-arts que je considérais comme un temple, je savais qu’il y avait un concours d’entrée mais j’étais sûr de ne pas l’avoir. Je regardais ce qu’il s’y faisait mais j’étais dans un autre monde, le monde des vagabonds. Je ne faisais rien d’autres que de cueillir ce qui était à portée de main et de mes yeux, la couleur de l’autre.

Dans toutes ces galeries comme ces musées, j’ai effectué mon apprentissage visuel mais aussi émotionnel.

J’ai eu une prédilection pour le courant matiériste et le travail de Dubuffet. Je ramassais des cartons dans les rues, je les découpais et je peignais directement dessus. J’utilisais plutôt des matériaux artisanaux, raclette, truelle, plâtre, ciment, morceau de bois, caillou, sable et peinture bien sûr pour mélanger le tout. Je n’avais pas de motif préalable. Il y avait quelque fois des visages, souvent maigres aux yeux exorbités, avides.

Vint ensuite le mouvement Cobra et la puissance de l’empâtement jusqu’à son paroxysme comme s’il fallait tout mettre coûte que coûte, jeter la vie sur cet espace toile. Il y avait quelque chose d’éjaculatoire.

Puis, petit à petit, j’ai laissé ces matériaux et ces grands empâtements pour me tourner de plus en plus vers quelque chose de plus doux et une concentration particulière pour la notion de couleur proprement dite. La peinture, donc la couleur.

L’abstraction m’apparaissait le plus facile, apparemment sans contrainte ni consigne. J’ai appris très vite avec les peintres de l’abstraction américaine qu’il y avait dans cette recherche bien plus de contraintes qu’on ne le croit et qu’on ne pourrait jamais s’en défaire. La liberté est ailleurs. L’abstraction m’a donc appris la couleur, sa force, sa charge émotionnelle comme son ordonnancement.



Pour autant, je n’envisageais pas de devenir artiste-peintre. C’était une vie parallèle à mes études de Lettres et de cinéma. Je rêvais d’être réalisateur.

Je voyais plusieurs films par semaine et chaque fois, outre l’histoire qui me touchait ou me bouleversait, je voyais passer sous mes yeux des plans que je vivais comme des tableaux et m’invitaient encore plus à rêver, à planer même

C’est toujours ce principe d’évasion du réel qui m’attirait et me permettait de mieux le vivre.

Après mes études de lettres et de cinéma, j’ai travaillé comme assistant sur des petits films, et à l’Institut National de l’audiovisuel. J’ai écrit une dizaine de scénarii de fiction, moyens et longs. Je n’ai jamais trouvé d’argent pour les réaliser. Je n’en avais pas la force ni une vraie volonté. Cette fabrication d’images qui demandent de rassembler un collectif, de mettre en place une production, un programme, est longue, parfois douloureuse.

Je le voyais chez des amis qui s’y collaient. Et je voyais de plus en plus que mon caractère ne s’y prêtait pas.

Je continuais de peindre en cachette et je ne montrais quasiment pas ce que je faisais. Je faisais mon laboratoire sur les murs, sur des cartons, quelque fois sur des toiles. Je continuais dans le cinéma et commençais à me satisfaire de devenir scénariste. J’ai donc co-écrit un documentaire puis deux scénarii de fiction pour la télévision. Mais ce fut une expérience plus douloureuse que joyeuse. Il y a des contraintes qui contraignent. Il y a des contraintes qui libèrent.


Et celles qui me libéraient, c'était celles inhérentes à la peinture et du jeu quasi infini qu'offrent les trois couleurs primaires

Un jour, j'ai montré mon travail à Agnès, une directrice artistique avec qui je travaillais dans une agence de com. Elle avait fait les arts déco auparavant. On avait une sensibilité commune, c’était une très bonne photographe. J’aimais son regard sur les choses et c’était, je crois, la même chose en ce qui concerne le mien. C'était la première fois que je montrais l'ensemble de mon travail. Ça lui a plu et m'a très vite proposé d'exposer.

Elle avait un appartement libre à Paris. Elle s'est occupée de la photo de l'affiche et des cartons. Je l'ai laissé faire. Quand les cartons étaient faits et envoyés, je ne pouvais plus reculer.

On a installé ensemble et c’était jouissif.



On a ouvert trois week-end de suite. J’ai vendu 12 tableaux. C’est la première fois que mes parents voyaient mes peintures. Ma mère avait peur pour moi, comme toujours. Mon père m’a dit que j’avais dû beaucoup travailler pour faire tout ça. J’ai beaucoup aimé ce mot, travail. Ça avait une valeur à ses yeux et elle prenait place en moi. Il n’aurait pas pu dire c’est beau ou d’autres chose d’ordre esthétique, il n’y connaissait rien. Comme lui, je travaillais et c’était là l’essentiel.

Pour lui, il n’y avait que trois valeurs au monde, l’amour, le travail et Dieu. J’en avais une des trois, j’étais sauvé.

J'ai donc abandonné le cinéma pour me jeter dans la peinture.


  • 1995 Neue-Galerie Banhof. Freiburg, Allemagne
  • 1996 Galerie A. R, Paris 13ème
  • 1997 Neue-Galerie Banhof. Freiburg, Allemagne
  • 1998 Galerie A. R. Paris 13ème
  • 1999 Maison de la Culture Louis Aragon-Elsa Triolet, Orly
    • Théâtre d’Etampes. Essonne
  • 2000 Mairie de Paris 3ème
    • Galerie art brutal, Paris 4ème
    • Au nom de la rose, Paris 6ème
    • Galerie Cocagne, Paris 9ème
  • 2002 Centre International d’Etudes Pédagogiques, Sèvres
    • Galerie de l’Harmattan. Paris 5ème.
  • 2003 Cour d’honneur de l’Hôpital d’Orléans,
  • 2004 Galerie Nadine Thomas, Paris 14ème
  • 2005 Association Culturelle de la Faculté Lettres et Langues, Poitiers
  • 2005 8ème rencontres des Arts de Thévet-St-Julien (Prix du thème)
  • 2006 Hôtel de Ville de Châteauroux (Indre)
    • La SCAM. Paris 8ème
  • 2007 Mairie de Paris 13ème
  • 2008 Mairie de Paris 4ème
  • 2010 Hôtel de ville de Villejuif, Val de Marne
  • 2012 Centre culturel de Lestran, Guidel, Morbihan
    • Espace Louise Michel, Paris 20ème
  • 2013 Le Hublot, Ivry-sur-Seine, Val de Marne
  • 2014 Galerie Prose, Paris 18ème
  • 2015 Galerie Prose, Paris 18ème
    • Pinceaux fleurs Aménagement et décoration du jardin de la Maison des Solidarités. Arcueil, Val de Marne
  • 2016 Galerie Prose, Paris 18ème
    • Groupe Artélia. Choisy le Roi, Val de Marne, commande et réalisation de 5 tableaux pour le hall d’entrée et l’escalier central conjointement avec Marthe Souris, artiste-peintre.
  • 2017 Galerie Prose, Paris 18ème
  • 2018 Centre Culturel Foranim, Paris 15ème
  • 2019 Médiathèque de la Ville de Kremlin-Bicêtre, Val de Marne
  • 2019 Galerie de Vervins (Hauts de France)
    • La Chartreuse, Sèvres (Haut de Seine)
  • 2020 Fabrique Contemporaine, Paris 13ème
  • 2021 Fabrique Contemporaine, Paris 13ème
  • 2022 Fabrique Contemporaine, Paris 13ème
  • 2023 Fabrique Contemporaine, Paris 13ème
  • 2024 Galerie Lee, Paris 6ème
    • Musée National de Tokyo, Japon