Démarche artistique
Ce qui m’intéresse dans la peinture, c’est son intensité poétique et sa dimension infinie. C’est un espace qui va bien au-delà de la représentation des choses. Un territoire où se déploient les questions du temps ; de l’espace, de l’être et finalement de la vie.
Je suis entré en peinture comme on entre en religion, c’est ce qui me relie au monde. En jouant sur le terme, la peinture me permet de relier entre eux tous les morceaux du monde qui entrent dans mes yeux comme dans mon ventre.
Il s’agit de trouver un équilibre à tous ces morceaux, petits ou grands pour que le tableau fonctionne et qu’il tienne debout.
Le tableau est un espace où se construit un motif, et le motif est pour moi un identifiant émotionnel. Il vient de mon cerveau, de mon ventre ou je ne sais d’où et me passe dans la main. C’est une drôle de mécanique au sens où ça m’amuse terriblement.
Robert Couturier disait, l’art est un jeu. Je suis d’accord.
Il s’agit de trouver un équilibre à tous ces morceaux, petits ou grands pour que le tableau fonctionne et qu’il tienne debout.
Le tableau est un espace où se construit un motif, et le motif est pour moi un identifiant émotionnel. Il vient de mon cerveau, de mon ventre ou je ne sais d’où et me passe dans la main. C’est une drôle de mécanique au sens où ça m’amuse terriblement.
Robert Couturier disait, l’art est un jeu. Je suis d’accord.
Je veux que dans ma peinture, il y ait de la vie parce que peindre c’est la vie, c’est être en vie. Je suis en permanence branché sur la question de la vie comme de l’envie. C’est la même chose. Pour se lever le matin et aller peindre, il faut de l’envie, alors si je peins, c’est par plaisir et nécessité, c’est là que se trouve ma paisibilité et ma force.
Je cherche donc à placer à l’intérieur du motif que j’entreprends, la plus grande charge émotionnelle possible. C’est quelque chose qui me remonte de la terre et qui traverse mon corps.
La peinture est constituée de signes qui lui sont propres. Les peintres en font usage pour saisir lentement et à chaque tableau l’intériorité qui constitue l’âme humaine, son archéologie. Ce sont des points lancés dans la constellation du monde, des repères sur la carte où l’imaginaire serait le territoire. Il s’agit de trouver un équilibre à tous ces morceaux, petits ou grands pour que le tableau fonctionne et qu’il tienne debout.
C’est parce que le motif est un identifiant émotionnel qu’il dépasse l’idée même de la représentation.
Vient ensuite, la question du rapport, celui entre l’identifiant émotionnel et celui ou celle qui regarde. Sans ce regard, mon acte de peindre ne serait pas complètement abouti.
Je me concentre beaucoup sur ce rapport.
C’est cet échange que je cherche à créer. J’aimerai qu’on entre dans mes tableaux parce qu’ils sont pour moi un espace poétique. Et chaque fois que le tableau sera regardé, il ne sera plus tout à fait à moi, ni tout à fait de moi, il deviendra aussi l’histoire de l’autre, ce qu’il en dit, ce qu’il en fait. C’est un moment particulier, un moment de plaisir qui se propage à l’infini, ou le temps, l’espace et l’émotion concordent.
Pour moi, peindre est un acte de joie.
C’est la seule revendication possible d’un peintre. Chasser les idées tristes et funestes, repousser aussi loin que possible les ordres si faciles des manques qui n’en sont pas, des faux regrets, des macérations de masse qui infectent l’être de l’intérieur pour le rendre malheureux et dociles. Sur la joie, aucun pouvoir n’a de prise.
C’est aussi un exercice de liberté.
Je ne parle pas souvent de la liberté parce que ce terme est trop souvent utilisé et donc usé par toutes les bouches qui prononcent ce mot. Je ne suis pas peintre parce que je suis libre. Je suis peintre parce que j’exerce ma liberté dans la contrainte de la peinture. Il y a le châssis, c’est un cadre, un espace, c’est dans cet espace que je vais exprimer mon émotion et ma sensibilité qui me fait vivre. Il y a les couleurs, comment se mélangent t’elles, comment s’assemblent t’elles ?
Même si je veux que le jaune et le bleu fassent autre chose que du vert, je n’y arriverai pas, c’est comme ça, c’est une contrainte. Par contre, je peux agir sur le dosage de l’une ou l’autre de ces deux couleurs, c’est là que la peinture commence et que ma liberté commence aussi. Avant, il n’y a rien d’autre que du désir, une belle machine qui, si elle n’est pas contrôlée justement va me pousser dans la frustration et le regret d’une stagnation permanente ou le sentiment de l’échec. Il y a ensuite la forme, le trait, cette recherche d’équilibre, ça aussi c’est une contrainte, il faut être juste comme en musique ou dans une chanson.
Tout est dans la couleur… et dans le geste
On peut toujours dire que la couleur est lumière, qu’elle possède une magie qui nous dépasse, que je serai, moi le peintre, l’humble messager d’une divinité, qu’il y aura une voix au-dessus du tableau et que je revisite l’Histoire, la transcende même, la fameuse et toujours mystique de l’histoire qui soutient le manifeste et qui me placerait au-dessus des autres. Je ne crois à rien de tout cela, c’est du verbe qui établit des frontières et sépare les mondes et, par conséquent, les hommes.
Avoir envie de peindre, c’est une chance, je l’ai saisie et j’en ai fait mon pain.
Le talent sans le travail est une mauvaise manie.
Picasso